Encore un « travail colossal » à faire pour éliminer le dopage dans le sport

Les responsables de l’Agence mondiale antidopage (AMA) avaient trois jours. Trois jours pour ramener le calme dans la maison après les turbulences créées par le scandale de dopage en Russie. Si plusieurs intervenants se sont succédé au micro pour livrer un plaidoyer en faveur d’un sport « propre », on reste encore loin d’un consensus.

Le directeur général de l’AMA, Olivier Niggli, se veut optimiste, mais reconnaît tout de même qu’il reste un travail colossal à faire.

« On ne peut pas tout régler en trois jours. Il y a quand même eu quelques avancées comme la création d’un nouveau programme pour les lanceurs d’alerte et la création d’un département d’enquête totalement indépendant, explique-t-il. Nous avons également ouvert des chantiers comme celui sur la gouvernance, où l’on va travailler à rendre plus claires les différentes responsabilités, ou celui sur les sanctions à prendre contre les États qui ne seront pas conformes au code mondial antidopage. »

L’optimisme du directeur de l’Agence contraste quelque peu avec ce que l’on a pu observer. Une harmonie qui est loin d’être revenue. Les tensions avec les athlètes ou les fédérations internationales sont encore palpables. Les États aussi n’ont pas l’air d’être au diapason.

Une absence remarquée

Le grand absent de cette réflexion mondiale est celui-là même qui avait vertement critiqué l’Agence mondiale sur sa gestion de la crise russe. En effet, le président du Comité international olympique, Thomas Bach, en déplacement à Pyeongchang, avait réclamé avec autorité la création d’un organisme indépendant du monde du sport pour gérer l’antidopage mondial.

Or, Jean-Loup Chappelet, spécialiste en administration publique à l’Université de Lausanne, considère qu’il n’est pas vraiment facile de trouver quelque chose qui soit complètement indépendant.

« L’Indépendance, bien sûr, c’est un mot-clé, mais finalement, c’est très difficile d’être totalement indépendant. Donc, ce qu’il faut viser, c’est la meilleure indépendance possible », dit-il.

Un avocat en droit du sport, le Suisse Yvan Henzer, va encore plus loin : « Ce qui ne fonctionne pas, c’est que ni le CIO ni l’AMA, qui sont des institutions privées, n’ont de pouvoir d’action. Elles n’ont pas de police, pas plus que de procureurs. Donc, concrètement sur le terrain, ces institutions ne sont pas présentes. »

C’est ce qui a conduit à l’échec de la lutte contre le dopage.
Yvan Henzer, avocat en droit du sport

Plus que l’indépendance, il faudrait un institut qui dispose d’un véritable pouvoir de police avec des forces de l’ordre à l’appui. Mais créer un tel organisme reviendrait à dire qu’il faudrait repenser un ordre mondial qui reposerait sur des normes communes. C’est un peu idéaliste, mais c’est ce qu’il faudrait.

Il ne faut pas se leurrer, derrière ce bras de fer entre le CIO et l’AMA, il faut voir des luttes politiques, des luttes de pouvoir. Et ce qui s’est passé avec le scandale russe est tout simplement désolant. Il est affligeant même de voir deux grandes structures du sport tirer chacune la couverture alors alors qu’elles devraient le faire ensemble!

Finalement, la vraie bonne nouvelle de ces trois jours de réflexion est sans aucun doute le fait que le siège de l’AMA restera à Montréal au moins jusqu’en 2021. Mais les prochaines semaines et les prochains mois seront cruciaux pour rétablir une confiance entre le public et le monde du sport.

Et les deux grandes institutions que sont le CIO et l’AMA d’enterrer la hache de guerre. D’ici là, on peut toujours méditer.

Pour trouver la solution à une guerre, il faut souvent revisiter les grands hommes. Comme disait Nelson Mandela, « pour faire la paix avec un ennemi on doit travailler avec lui. Cet ennemi devient alors votre associé ».

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