Ces sports transcendants qui promettent plus qu’un corps musclé

De plus en plus de disciplines en salle promettent mieux qu’un corps parfait, le bien-être absolu… Après des efforts intensifs.
Une pièce plongée dans la pénombre, une quarantaine de cyclistes qui pédalent en rythme sur une musique de discothèque assourdissante. Et, tout à coup, la voix du coach : «Bonjour Dynamo !», « Tu sais pourquoi tu es là, Dynamo ?», «Ces 45 minutes sont pour toi, Dynamo», «Tu ne vas pas lâcher, Dynamo !». À ces mots, chacun est ravi d’oublier son identité pour entrer dans une sorte de transe collective. Un peu moins d’une heure de pédalage à une allure supersonique plus tard, tout le monde ressort harassé mais terriblement heureux.

Les deux salles parisiennes de Dynamo Cycling ne désemplissent pas depuis leur création en 2015. Les fondateurs, Antoine Albert et Léon Buchard, ont adapté pour les Français le concept américain SoulCycle, des cours d’indoor cycling (vélo d’intérieur) nouvelle génération, tendance développement personnel. «Nous en avons beaucoup pratiqué quand nous travaillions à New York, commentent les deux entrepreneurs. Nous avons tout de suite adhéré à l’ambiance particulière qui force à se dépasser et finit par provoquer un état second. Ce que nous proposons chez Dynamo va bien au-delà du fitness ou du cyclisme. Même si c’est un moyen, le vélo n’est pas la fin. Chaque séance est un moment unique, une expérience puissante et c’est précisément ce que les gens viennent chercher chez nous.»
Mi-prof, mi-gourou

Castés comme des acteurs, munis chacun de leur playlist, les instructeurs sont recrutés moins pour leurs qualités sportives que pour leur talent à soulever les foules. «Créer une étincelle, cela ne s’enseigne pas. Nous cherchons des personnalités : il est plus facile de former quelqu’un aux bases du cycling que de lui apprendre le charisme», reprennent les Français. Le discours est bien rodé et l’objectif avoué : «Bâtir une communauté différente de celle des salles de sport traditionnelles.» Dans la capitale, il n’est plus rare d’entendre parler de cette fameuse «expérience Dynamo» pendant un dîner ou autour d’un verre entre amis. «Grâce à l’effort physique et au rythme de la musique, je réussis à amener même le plus terre à terre de mes élèves à lâcher prise, raconte John, coach parmi les plus demandés, également diplômé d’une licence en psychologie. Quand on m’interroge sur ce que je fais dans la vie, je réponds simplement que je donne des cours de sport. Mais ceux qui les suivent me disent que c’est beaucoup plus que ça.»

Reste que toute cette mise en scène repose sur un phénomène biologique simple : pédaler fait grimper la fréquence cardiaque et entraîne rapidement une sécrétion d’endorphine, cette hormone produite par l’hypothalamus et l’hypophyse qui procure un sentiment de bien-être voire d’euphorie. «Le succès de ces cours révèle surtout le besoin de structures, de coachs de vie plus que de simples entraîneurs, analyse Sébastien Stumpp, sociologue du sport et maître de conférences. L’émulation autour de ces séances rappelle celle des stages immersifs des cadres en entreprise où l’on valorise la personnalité, mais aussi la capacité à la mettre au service du groupe. Tout est pensé pour attirer les classes moyennes supérieures voulant faire de l’exercice intelligemment.»

Les temples de la «bicyclette cathartique» se multiplient dans l’Hexagone (Let’s Ride, Kiwill, Kona Biking…). «Avant, tous les clubs se ressemblaient : depuis cinq ans, l’univers s’est fragmenté, devenant beaucoup plus concurrentiel. Désormais, les salles monodisciplines, qu’on appelle “boutiques gym” outre-Atlantique, trustent 43 % du marché américain et fidélisent une clientèle de zappeurs, les 20-30 ans. Le phénomène arrive tout juste chez nous», explique Christophe Andanson, PDG France du groupe Les Mills. Le leader mondial des cours de fitness propose, lui aussi, sa version du RPM («Raw Power in Motion», l’autre anglicisme pour désigner ce cyclisme en salle). The Trip promet «un voyage à travers des paysages futuristes, une ambiance et des sensations». Il s’apparente plus à un jeu vidéo qu’à un simple cours d’exercice physique, les pratiquants pédalant en musique devant un écran géant incurvé projetant des images 3D.

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