Les athlètes malades devraient-ils pouvoir prendre des produits considérés dopants?

En ce deuxième jour de débats à l’Agence mondiale antidopage (AMA), il a été beaucoup question des autorisations à usage thérapeutique (AUT). Devrait-on continuer de délivrer des certificats aux athlètes malades afin qu’ils puissent prendre des médicaments qui se retrouvent sur la liste des produits prohibés par l’AMA?

Si certains défendent l’idée qu’on ne pourrait pas, par exemple, exclure un diabétique du monde du sport de haut niveau, d’autres crient à l’injustice puisque certains de ces produits améliorent les performances. Certains estiment qu’il s’agit en réalité d’un permis qui autorise le dopage.

Le Dr Olivier Rabin, directeur exécutif senior, Sciences et partenariats internationaux à l’AMA, soutient que les AUT sont bien administrées, mais qu’il faut tout de même ouvrir le débat

Les autorisations à usage thérapeutique ne sont pas un droit de se doper si elles sont contrôlées et administrées de manière temporelle.
Dr Olivier Rabin

Ne serait-il pas mieux de suivre la logique du commun des mortels qui doit rester chez lui quand il est malade et revenir une fois soigné?

« On doit certainement ouvrir le débat avec le plus grand nombre d’experts, temporise le Dr Rabin. Et [on doit] se questionner si oui ou non on devrait empêcher un athlète qui a travaillé durant des années pour se rendre à un haut niveau de compétition de le faire sans assistance médicale s’il en a besoin. Il faut se poser la question. »

Un avis qui est loin d’être partagé par Jean-Christophe Roland qui préside la Fédération internationale d’aviron.

Est-ce qu’il y a eu une dérive? Certainement! Aujourd’hui, on voit déferler des pommades et des corticoïdes sous différentes formes.
Jean-Christophe Roland, président de la Fédération internationale d’aviron

« Ça dépasse le cadre », s’insurge Jean-Christophe Roland. « On permet à un athlète malade ou qui a une allergie de concourir. Pour l’asthme, c’est curieux que le nombre d’asthmatiques dans le sport soit supérieur au nombre d’asthmatiques sur notre planète. Et surtout il varie selon les régions et je peux vous dire que ce n’est pas en Russie qu’ils sont les plus nombreux ».

Comme à son habitude, le directeur général de l’AMA, Olivier Niggli reste diplomate.

S’il défend les AUT, il reconnaît tout de même que la perception de certains médecins qui les accordent peut varier d’un pays à l’autre et que si le monde du sport commence à se questionner sur une harmonie médicale, il faudrait aussi que le débat s’ouvre dans le monde médical dans son entier.

Comme on peut le constater depuis l’ouverture de ce symposium, beaucoup de questions restent sans réponses et il en faudra plus pour convaincre l’ensemble des invités du monde sportif que L’Agence mondiale antidopage reste leur leader.

On peut tout de même se consoler avec cette bonne nouvelle que le siège restera finalement à Montréal.

L’Agence mondiale antidopage reste à Montréal

Le directeur général de l’Agence, Olivier Niggli, a confirmé à Radio-Canada que le siège restera bel et bien dans la métropole québécoise.

« Je peux vous assurer que, sur mon bureau, il n’y a aucun dossier qui parle du déplacement du siège de l’Agence et j’espère que M. Coderre pourra se réjouir », lance le directeur général de l’AMA, fasciné par la discussion par médias interposés.

Il y a quelques semaines, Radio-Canada avait appris que le maire de Montréal était inquiet et qu’il voulait même se rendre à Lausanne pour y rencontrer le président du Comité international olympique afin de rassurer les Montréalais sur l’avenir du siège de l’AMA.

Denis Coderre avait également interpellé le gouvernement fédéral pour obtenir des appuis dans sa démarche.

« On entend toutes sortes de choses sur l’avenir de l’agence à Montréal, avait dit le maire Coderre. J’ai été celui, comme ministre des Sports à l’époque, qui a contribué à ce que Montréal soit cette plaque tournante pour la lutte antidopage dans le sport. Ce serait bien d’avoir quelques précisions et qu’on soit rassurés du côté du gouvernement canadien sur l’avenir de l’agence ».

Les propos d’Olivier Niggli ont de quoi le rassurer : l’AMA restera à Montréal au moins jusqu’en 2021.

Montréal, toujours « un très bon endroit »

D’ailleurs, diversifier les sièges sociaux du monde du sport est un bienfait, selon le professeur Jean-Loup Chappelet, directeur de l’Institut de hautes études en administration publique associé à l’Université de Lausanne et spécialiste de la gestion des organisations sportives.

« Je vais peut-être vous surprendre, mais je suis très en faveur que le siège de l’AMA reste à Montréal. C’est une marque d’indépendance », explique-t-il en ajoutant qu’il y a aussi un bureau à Lausanne.

Je trouve que les organisations sportives devraient être dans le monde entier et il est important de se diversifier. Le sport est un mouvement universel et Montréal et le Canada sont un très bon endroit pour accueillir cette organisation.
Jean-Loup Chappelet, spécialiste du management des organisations sportive

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